Pour les métiers d’art, la transmission est un enjeu majeur. C’est elle qui assure la pérennité de savoir-faire rares, tout en les réinventant au fil des générations. Mais cette transmission ne se fait pas si facilement : souvent, tout commence par une première immersion, une expérience qui agit comme un déclic.

Je me souviens de mon propre stage de troisième, réalisé chez Pier Import, une enseigne de décoration aujourd’hui disparue. Ce choix reflétait déjà ma passion pour l’univers de la maison et de l’objet. Pourtant, malgré cette affinité, l’expérience fut marquante, mais pas forcément comme je l’espérais. Une interaction client malheureuse a suffi pour me confronter aux réalités du terrain. Ce moment, bien qu’inconfortable, a permis une vraie prise de conscience : celle de réfléchir à ce que je voulais, et ne voulais pas, pour ma carrière future.
Mais la véritable révélation est venue bien plus tard. En Master 2 aux Beaux-Arts d’Angers, après six années d’études, j’ai eu ma première véritable expérience en studio. Et cette fois, tout était différent.
Mon profil a été retenu par plusieurs studios de création parmi les plus innovants : Bublex, François Roche, Berdaguer & Péjus… et Mathieu Lehanneur. J’ai choisi de faire mon stage auprès de Mathieu, attirée par son approche visionnaire, à la croisée de l’art, de la biologie et de la science-fiction. Une orientation qui résonnait profondément avec mes recherches de l’époque, notamment mon mémoire intitulé Artefacts du futur : modes d’interaction entre l’Homme et la machine dans les films de science-fiction.

Ces quatre mois passés dans son studio restent gravés dans ma mémoire. Écrire avec de l’alcool à brûler sur un drap et y mettre feu en plein milieu de l’atelier, concevoir des maquettes pour Schneider Electric ou pour ce qui deviendra le studio 13/16 du Centre Pompidou, ou bien encore imaginer des écosystèmes domestiques en pâte à modeler…


Cet environnement créatif m’a ouvert des perspectives insoupçonnées. Il ne s’agissait pas simplement de design, mais de réflexion sur les interactions entre l’art, la science et le quotidien. Cette expérience a été une véritable force motrice pour le reste de ma carrière.
Aujourd’hui, au Studio Ler, je m’efforce de transmettre ce même élan. Nos collaborations avec des architectes et designers sont conçues comme des opportunités de révéler de nouvelles perspectives créatives, tout en valorisant l’artisanat d’art. Chaque projet, chaque rencontre, chaque pièce que nous réalisons est une invitation à explorer les limites de la matière, à jouer avec les idées, et à repousser les frontières du possible.
C’est, je crois, tout ce que nous pouvons souhaiter à un jeune créatif : plonger, même le temps d’une semaine, dans un environnement qui élargit les horizons et façonne une vision.
Par ce prisme et dans la lignée de ces expériences notables, le studio accueille, depuis plusieurs années maintenant, des stagiaires venus de tous bords pour des stages de troisième, de fin d’études (beaux-arts, DNMAD,…) et de réorientation professionnelle. Stages qui nous nourrissent mutuellement.