14 mai 2026

Quelle couleur de crédence dans la cuisine ?

Pas facile de se positionner quand il s'agit de choisir une crédence de cuisine. Oser ? Rester calme ? Quelques pistes de réflexion.

Designer et fondatrice de Studio Ler
annie-spratt-njsRI3pTB6g-unsplash

Nous vous annonçons tout de suite la couleur, pour ainsi dire : ici nous ne vous indiquerons pas la couleur que vous devriez choisir pour une cuisine aux façades blanches, pourpres ou bois foncé. Ce serait trop accommodant. La beauté du métier de designer réside justement dans l’élaboration d’associations de matériaux et de couleurs tant que possible inattendues qui s’affranchissent de toute règle établie.

Ici, pas de solutions toutes faites sorties de l’argumentaire de vente des enseignes de la décoration. D’ailleurs, le plus facile serait de se laisser inspirer par les commerces qui suivent le plus souvent les tendances du moment. LE mot a été prononcé : tendances.

En tant que designer, qu’il s’agisse de notre atelier ou bien de la grande majorité de nos clients architectes d’intérieur, nous aimons l’idée de dépasser ces dictats et de nous projeter un peu plus loin dans le temps que la « tendance 2026/2027 ». Par définition, dans quelques mois ou années, la tendance choisie sera obsolète. LE mot a été prononcé 3 fois, c’est suffisant.

Néanmoins, il faut bien garder en tête que les choix faits pour une cuisine peuvent difficilement être complètement intemporels. A un moment, il est tout à fait normal qu’il faille la changer. Pour la grande majorité d’entre nous, nous ne sommes pas de grands visionnaires. Nous ne voyons pas dans l’avenir. C’est donc un entre-deux : il faut savoir ne pas se laisser influencer par la grande distribution ou l’engouement pour le matériau du moment en faisant preuve d’un peu d’audace et de prise de risque, le tout en ayant conscience que, dans quelques années, la cuisine que nous aurons designée pourrait être un peu datée.

Il y a bien sûr aussi l’option neutralité totale pour une prise de risque nulle, au premier abord. Ce n’est pas nécessairement en choisissant du blanc que l’on se met à l’abri. Choisir des façades en stratifié laqué blanc brillant avec une crédence en verre trempé blanc ou autre crédence supposée neutre pourrait passer pour un choix raisonnable et intemporel alors qu’il est déjà très orienté, connoté et largement vendu (souvent comme top margeur, top vendeur) dans les grandes enseignes ou certains cuisinistes.

Ce type d’associations quasi hygiéniste, facile à entretenir et dépersonnalisée serait qualifiée de « POPULAR MODERN » dans les guides de style lorsque l’on est architecte d’intérieur chez IKEA, poste que personnellement j’ai occupé pendant 6 ans avant de fonder Studio Ler. Le style « POPULAR MODERN » était le style qui, par excellence, devait toucher le plus grand nombre, pour ne pas dire les personnes « lambda ».

 

 

Je ne m’aventurerai pas davantage dans une analyse anthropologique par le biais d’un choix de façade et de crédence de cuisine. Ce serait malvenu.

Merci de garder en tête que c’est un Edito Studio Ler et non pas un document institutionnel ou la vérité absolue. C’est un point de vue, un point de départ, peut-être. Pour brouiller davantage les pistes, composer à partir de blancs et teintes calmes est tout à fait envisageable : en travaillant, alors, sur de belles matérialités qui apporteraient l’aspect chaleureux qu’on est en droit d’attendre de tels espaces.

A propos d’IKEA, s’il y a bien une chose a retenir et qui semble aujourd’hui plus pertinente que jamais, c’est de porter une attention particulière au marché local, ce que fait systématiquement IKEA dans ses magasins. Une crédence de cuisine en lave émaillée a d’ailleurs été l’un de nos premiers projets en Auvergne. Notre client : IKEA Clermont-Ferrand ! C’est bien des volcans d’Auvergne qu’est extraite la roche volcanique que nous travaillons. L’enseigne a donc souhaité introduire de la lave émaillée dans un projet de cuisine pour valoriser les spécificités régionales.

 

Crédence en lave émaillée, IKEA Clermont-Ferrand, 2015

 

Ce n’est pas tant la pertinence d’IKEA qu’il faut retenir ici mais bien que le territoire dans lequel s’inscrit un projet d’aménagement regorge d’ateliers d’artisans et d’artisans d’art qui peuvent travailler sur votre projet de cuisine. Profiter des richesses de savoir-faire que vous avez à portée de main est déjà une première belle étape.

« Oui enfin l’artisanat d’art c’est hors budget ». Il est vrai qu’il peut être assez coûteux de se procurer des pièces uniques issues de savoir-faire français rares tel que le notre. A vous d’être futé pour l’incorporer, le saupoudrer, le conjuguer avec d’autres matériaux. Quelques exemples :

  • Pour réaliser des économies, il est tout à fait possible de ne pas recouvrir l’entièreté des murs de la cuisine et privilégier ce qu’on appelle un fond de hotte, une protection murale que l’on ne trouverait qu’au niveau de la plaque de cuisson et/ou de l’évier, comme cela a été le cas dans notre projet Le Chiteau à Blois. Dans cette cuisine, nous n’avons pas fait monter la crédence jusqu’à la hotte et avons réalisé des angles arrondis afin d’éviter une impression de pièce « technico-technique » qui est un risque en choisissant cette option.
  • Incorporer des éléments d’un matériau précieux dans un tout qui l’est moins permet aussi de respecter un budget plus limité tout en se faisant plaisir. Par exemple, des carreaux émaillés sur mesure par un artisan d’art parmi des carreaux issus du commerce.
  • Un liseré d’un matériau ornementé sur lequel on a flashé qui viendrait simplement terminer élégamment une crédence beaucoup plus calme et classique. Soyons audacieux et surtout rien n’empêche de travailler en partant d’un budget à communiquer à l’atelier qui se fera une joie d’être force de proposition pour le respecter tout en collant à la direction artistique du projet.

Écrire un article sur la couleur sans avoir encore parlé de couleurs jusqu’à présent… Parlons motifs dans ce cas. De toute façon, la problématique reste la même qu’avec la couleur et c’est d’ailleurs ce que l’on pourrait retenir de cet Edito : tout dépend de tout. Tout est interconnecté donc on peut difficilement évoquer une couleur, un motif ou un matériau indépendamment d’un contexte.

La lumière, naturelle et/ou artificielle, sera évidemment un élément important à prendre en compte afin d’orienter vers une teinte foncée ou plus claire. Il est nécessaire de prendre en compte le volume, l’espace, afin de donner plus ou moins de profondeur grâce au choix de couleur. Une couleur foncée n’est pas forcément contre-indiquée dans un tout petit espace. Ce serait encore une fois si accommodant de rester sur un clair=agrandit ; foncé=réduit. Ce n’est pas si simple.

Si les autres matériaux de la pièce sont déjà définis (la peinture, le papier peint, les boiseries, les tissus), cela impactera sans nul doute les choix qui devront être faits pour la crédence. Grosso modo si l’ensemble est assez calme, neutre et uni, il est tout à fait envisageable d’opter pour une crédence « œuvre d’art » qui donnera toute son unicité à la pièce un peu comme celle que nous avons réalisée pour l’appartement Las Cases à Bordeaux ou encore la crédence réalisée pour Lally & Berger que nous venons tout juste d’ajouter dans la rubrique réalisations de notre site.

 

Projet de Lally & Berger, crédit Stephan Julliard

 

Ce dernier point est à considérer si l’on parle d’un logement résidentiel. Dans le cas d’une crédence dans un lieu d’hospitalité comme un hôtel, un restaurant ou un bar, le calme visuel n’est plus nécessairement de rigueur. Dans ces cas précis, l’idée n’est pas de faire des choix dont on ne se lassera pas mais de faire des choix qui en jetteront auprès de la clientèle et qui participeront à l’expérience client. Là, plus que n’importe où, l’originalité sera la bienvenue qu’il s’agisse de choix de matériau, de couleurs et/ou de motifs. On peut parfois se permettre du très chargé, dans certains contextes cela fait sens.

 

Comptoir Printemps New York, architecte Laura Gonzalez, crédit photo Santi Sierra (ce n’est pas un projet réalisé par l’atelier mais il illustre très bien comment l’on peut associer les motifs et les matières de façon audacieuse pour mettre l’accent sur l’expérientiel et laisser un souvenir marquant au visiteur).

 

Cet Edito ne vous a pas forcément donné les réponses que vous recherchiez peut-être pour votre projet d’aménagement. Voici les derniers éléments un peu plus concrets que l’on peut partager : lorsqu’on est un peu perdu dans les choix esthétiques d’une cuisine et que l’enveloppe budgétaire le permet, ne pas hésiter à faire appel à un architecte d’intérieur. Ils sont présents un peu partout sur le territoire mais le mieux est de le choisir par affinité pour son travail (réalisations sur le compte Instagram ou le site internet).

Quelques cuisines d’architectes qui ont attiré notre attention :

Pierre Yovanovitch – Cuisine Saint-Germain-Des-Prés

Epicène – Cuisine Foch

MuseLAB architecture – Cuisine en Inde

Le Berre Vevaud – Cuisine Plaine Monceau

Charles Zana – Mont-Carlo

 

Si le budget est un peu court pour faire appel à une prestation d’archi, s’orienter pourquoi pas vers la presse spécialisée (papier ou réseaux). C’est une mine ! AD magazine pour une certaine idée du luxe, Milk Décoration pour une forme de minimalisme/brutalisme ou encore Elle Décoration pour une grande variété de projets d’archi. Nous nous en tenons à une liste de 3, non exhaustive donc.

 

Bonne continuation dans votre quête d’inspiration pour la réalisation de votre projet de crédence et au plaisir d’échanger prochainement avec vous si vous optez pour de la lave émaillée dans votre cuisine ! Nous avons aussi un parcours d’architecte d’intérieur 😉

Lydia

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